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Muromi-san, aussi connu sous son nom japonais Namiuchigiwa no Muromi-san est une série du studio Tatsunoko réalisée par Tatsuya Yoshihara, un nom qui a beaucoup fait parler de lui ces dernières années. Alors âgé de 24 ans, il réalise une série pour la première fois. Afin de bien présenter l’anime, un détour par sa carrière s’impose.
Tatsuya Yoshihara commence sa carrière d’animateur à vingt ans chez le studio ACTAS. Bien qu’étant un animateur de l’ère du numérique, il s’inspire à cette époque d’animateurs tels que Seiya Numata ou Hironori Tanaka et se fait rapidement un nom en tant qu’animateur, brillant par ses séquences kanada-school. C’est alors qu’il est encore animateur qu’il rencontre Hideaki Nakano, un réalisateur au style extravagant et comique, qu’il qualifie comme son mentor au niveau de la réalisation d’épisodes. Il devient alors courant de les voir travailler ensemble autour des années 2010, ainsi qu’avec Keiichirō Kawaguchi.
C’est d’ailleurs en 2010 que Yoshihara obtient son premier rôle de superviseur de l’animation sur l’épisode 6 de Detective Opera Milky Holmes. Sans surprise, l’épisode est storyboardé et réalisé par Hideaki Nakano. Le style de Yoshihara se démarque distinctement tout au long de l’épisode grâce à son timing, ses effets (notamment de vent) et l’utilisation presque abusive de Kanada light flares. L’épisode est très bien reçu et confirme les talents du jeune animateur, et l’on peut alors se demander non pas si, mais quand aura lieu sa première réalisation d’épisode.
C’est sur l’OVA de Princess Resurrection adapté par Tatsunoko que Yoshihara réalise pour la première fois, probablement invité par l’aniP Manabu Ishikawa. Avec Keiichirō Kawaguchi en réalisateur de la série, il réalise les trois épisodes de l’OVA ainsi que les post-endings et storyboarde même le dernier.
Il s’agit d’une œuvre charnière pour sa carrière, mais aussi pour sa vie personnelle, puisqu’il y rencontre probablement Kikuko Sadakata, character designer avec qui il se mariera quelques années plus tard. On peut également citer l’animateur Takaya Sunagawa avec qui il travaille pour la première fois et qui le suivra sur de nombreux projets par la suite.
Son succès en tant que réalisateur l’amène à réaliser plusieurs épisodes sur SKET DANCE, une autre série de Tatsunoko avec Keiichirō Kawaguchi à la réalisation, puis le court métrage Arve Rezzle, projet pour l’Anime Mirai 2012. Mais ce n’est pas ce sur quoi nous allons nous concentrer, puisque nous allons plutôt parler de sa première réalisation de série, Muromi-san, sorti en 2013.
Production
Comme dit précédemment, Muromi-san est produit chez Tatsunoko, un studio avec lequel Yoshihara est familier en tant que réalisateur mais aussi en tant qu’animateur. C’est probablement suite à son travail sur les séries du studio, et notamment Princess Resurrection que Manabu Ishikawa, maintenant sur Muromi-san, le sélectionne comme réalisateur. Mais Ishikawa et Yoshihara ne sont pas les seules personnes de Princess Resurrection, puisque la character designer Kikuko Sadakata, dont nous allons reparler plus tard, est aussi choisie avec le scénariste principal Kazuyuki Fudeyasu.
Au jour où j’écris ces lignes, le film Chainsaw Man a été extrêmement bien reçu, mais avant ça, Muromi-san est considéré par beaucoup comme la production la plus aboutie que Tatsuya Yoshihara a pu réaliser. Grâce à des épisodes courts (diffusés sur un timeslot de 15 minutes au Japon au lieu des 30 minutes habituelles) et à un planning plus généreux que ses autres séries, la production a pu commencer avec au moins 6 mois d’avance et se terminer 8 épisodes avant la sortie.
Pourtant, la production n’est pas dénuée d’ambition : Masae Sano, assistant de production sur l’OAD, indique en plaisantant que tout le staff a pris beaucoup de plaisir à soutenir les « exigences déraisonnables » du réalisateur, soulignant à quel point Yoshihara est un réalisateur ambitieux mais apprécié par les gens avec qui il travaille. Sadakata, elle, a aussi souligné la très bonne ambiance au sein du studio et à quel point il est agréable de travailler sur la série.
À cela s’ajoutent plusieurs animateurs brillants, ce qui fait que Muromi-san est considéré par beaucoup, dont Takaya Sunagawa ou l’assistant de production Fukutarō Takahashi, comme l’œuvre qui a créé le « cercle Yoshihara ». Il s’agit d’animateurs avec lesquels le réalisateur s’entourera beaucoup pour ses prochains projets.
L’épisode 1 donne déjà le ton de l’œuvre : un manga burlesque avec une adaptation Itagaki-esque à la Teekyuu. Keisuke Kojima ouvre la marche en animant la scène d’introduction, sans surprise, puisque Tatsuya Yoshihara et lui ont animé plus de 100 cuts à eux seuls sur cet épisode. Mais ce n’est pas tout, puisque Yoshihara en est le storyboarder et le réalisateur alors que Kojima est le seul superviseur de l’animation (avec Sadakata en superviseure de l’animation en chef). En plus de cela, Kojima est aussi occupé avec Yuyushiki pendant la production de l’épisode. Yoshihara mentionne d’ailleurs dans le doujinshi « MUROMI FINAL » que Kojima a eu une charge de travail énorme sur l’épisode et semble presque s’en excuser.
L’épisode marque d’ailleurs la première apparition du Main Animator Takaya Sunagawa avec une séquence pour le moins particulière. Le travail de Yoshihara sur l’épisode est aussi très impressionnant, mais il est difficile de ne pas citer Shigeki Kuhara, animateur habitué des séries mecha et très présent à Tatsunoko lors de ces années. Ses effets et la qualité de ses layouts ont d’ailleurs été encensés par Yoshihara et Takaya Sunagawa.
L’épisode 2, pour ne pas changer, est également storyboardé et réalisé par Yoshihara. Il s’agit de la première apparition de Takaya Sunagawa en tant que superviseur de l’animation dans l’industrie, ou même le premier rôle important de sa carrière. Sunagawa pensait d’ailleurs que l’invitation du réalisateur était une farce, dû à son inexpérience. Malgré tout, il avoue que les corrections de réalisateur d’épisode et de la superviseure en chef Sadakata l’ont largement aidé. C’est assez amusant à savoir lorsque l’on sait à quel point son travail en tant que superviseur de l’animation en duo avec Shunji Akasaka est encensé sur Black Clover aujourd’hui.
D’ailleurs, c’est aussi sur cet épisode que Takaya Sunagawa invite Shunji Akasaka, qui est en fait un de ses amis de longue date. Akasaka participera ensuite activement dans la rotation ainsi que dans les futurs travaux de Yoshihara.
L’épisode marque aussi la première apparition du second Main Animator : l’animatrice Natsuki Yokoyama. Bien qu’il ne s’agit pas d’une animatrice qui se démarque pour ses séquences d’action, elle a beaucoup contribué sur la production. Sunagawa a notamment fait l’éloge de ses layouts très propres et on-model qu’il n’a quasiment pas corrigés.
Bien que le manga de base est déjà gorgé de gags, la série se permet d’ajouter plusieurs gags originaux et références. Parmi ces références, on retrouve notamment un clin d’œil discret dans l’épisode 6 où « Bossun » est inscrit sur la niche d’un chien apeuré, en référence à SKET DANCE, série sur laquelle Hideaki Nakano (storyboarder et réalisateur de l’épisode) a travaillé avec Yoshihara. Dans l’épisode 2, on retrouve une référence à Saint Seiya incrustée par Takaya Sunagawa, mais celle qui nous intéresse le plus sur l’épisode est celle de Nausicaä de la Vallée du Vent, animée par Hideki Kakita, animateur renommé pour ses effets.
Les 4 épisodes suivants sont storyboardés et réalisés par Kenji Setō (3, 4) et Hideaki Nakano (5, 6). Bien qu’économiques, ils restent très bien réalisés avec cette intention Teekyuu-esque qu’on retrouve particulièrement sur les épisodes de Nakano. Des animateurs tels que Shunji Akasaka, Takahito Sakazume ou Toshiyuki Satō sont tout de même présents, et l’animation clé n’est pas sous-traitée pour autant.
Les épisodes 7 et 8, storyboardés par Noriyuki Nakamura et réalisés par Tatsuya Nokimori, montrent cependant un duo intéressant. Non pas au niveau de la réalisation, mais du superviseur de l’animation.
Sur l’épisode 7, il s’agit de Takaya Sunagawa, et c’est également l’épisode auquel Sunagawa est le plus attaché de par tous ses efforts : sa production était très compliquée, et très peu d’animateurs expérimentés étaient disponibles sur l’épisode en dehors de Takahito Sakazume. Sunagawa a donc beaucoup corrigé la composition, les mouvements et les effets de l’épisode. C’est pour cette raison qu’il a décidé d’inviter son ami Shunji Akasaka, mais également Tomosato Hosokawa qu’il a rencontré en ligne.
Tatsuya Yoshihara mentionnera d’ailleurs qu’il a été particulièrement impressionné par le travail d’Hosokawa dans l’épisode, et ce n’est probablement pas une coïncidence que l’animateur ait participé à plusieurs séries du réalisateur ensuite.
L’épisode 8, qui est produit en même temps, a comme superviseur de l’animation le réalisateur de la série, Tatsuya Yoshihara. L’épisode est rempli de séquences avec sa patte, comme son timing Kanada-like, ses effets, mais aussi ses easter eggs.
Yoshihara, bien conscient que sa série sera vu par des fans d’animation minutieux du moindre détail, se permet même de nous faire une attaque directe sur l’épisode 8. En tant que superviseur de l’animation de l’épisode, il y ajoute une impact frame sur 2 images indiquant « Frame par frame interdit !! » (コマ送り禁止!!), en référence à une impact frame similaire qu’il a probablement incrustée lui-même sur l’épisode 6 de Detective Opera Milky Holmes, aussi en tant que superviseur de l’animation.
Takaya Sunagawa voyait secrètement l’épisode 8 comme son rival, et bien qu’il se considère battu par la qualité de la supervision de l’épisode, Yoshihara a de son côté fait l’éloge de l’épisode 7.
À ce stade, nous avons déjà passé en revue les épisodes les plus distinctifs de la série, mais les épisodes suivants nous réservent quand même quelques surprises. Il y a par exemple cette apparition de Toshiyuki Satō sur l’épisode 10, une de mes séquences préférées de la série. On remarque son timing distinctif habituel, des traits épais et une poursuite similaire à un itano circus.
L’épisode 11, malgré qu’il ne soit pas riche en mouvements, est un solo par Kenichi Imaizumi. Si ce nom ne vous dit rien, c’est un monstre de productivité aujourd’hui plus connu pour ses contributions en tant que réalisateur qui storyboarde parfois l’intégralité d’une série comme la 5ème saison de Kingdom. L’épisode est storyboardé et réalisé par Hideaki Nakano, qui s’occupe également de l’épisode 12.
Sans surprise, l’épisode final, le 13, est storyboardé et réalisé par Tatsuya Yoshihara. On y retrouve beaucoup d’animateurs de la série, et même s’il n’est pas digne du titre de sakuga fest comme le seraient les premiers épisodes, il comporte quelques séquences sympathiques et une réalisation aussi bonne qu’attendue.
Mais il reste encore l’opening et l’ending que nous n’avons pas encore mentionné, ainsi que l’OAD, épisode spécial fourni avec une édition limitée du manga.
Opening
Tatsuya Yoshihara est aussi aux commandes de l’opening avec Kikuko Sadakata en superviseure de l’animation. Yoshihara nous a d’ailleurs fait le plaisir de créditer chaque animateur clé sur l’opening sur son ask.fm à l’époque, nous connaissons donc qui a animé chaque cut.
L’opening commence d’ailleurs avec ses cuts qui présentent le titre de la série d’une manière assez originale, puisque Muromi épelle le titre Namiuchigiwa no Muromi-san (なみうちぎわのむろみさん) avec la langue des signes japonaise (手話 shuwa).
Un des highlights de l’opening est sans doute le long cut de Toshiyuki Satō où Muromi détruit tout sur son passage (même un pauvre petit dauphin). Même si leurs séquences sont courtes, on a aussi une apparition de Takahito Sakazume ou Keisuke Kojima.
Le final de l’opening, qui regroupe une longue liste d’animateurs, est également très impressionnant. C’est Takaya Sunagawa qui clôt le spectacle avec une explosion inspirée par Yoshinari Saitō suivie de la chute de chaque personnage du cast, où leur personnalité est lisible à travers leur acting.
Ending
L’ending de la série est storyboardé et réalisé par Kenji Setō, une autre personne dans la rotation des épisodes de la série. Son animation est une collaboration bienvenue de Tatsuya Yoshihara et Takaya Sunagawa, et ce dernier a confirmé avoir animé les séquences où les personnages sont en chibi, alors que Yoshihara a animé le reste.
L’ending n’est pas sans rappeler celui de Saki, série sur laquelle Kenji Setō était l’assistant réalisateur. Il présente les personnages d’une manière absurde et surréaliste, avec des explosions ou encore Muromi qui réalise divers crimes (comme si renverser des dauphins n’était pas déjà assez).
Une anecdote pour le moins intéressante sur l’ending est qu’il n’était tout simplement pas disponible dans la version TV, en raison de la longueur des épisodes. Les crédits passaient donc sur l’épisode en lui-même, et il n’y avait même pas assez de temps pour afficher les crédits de l’opening, qui ont dû être coupés.
OAD
L’OAD est storyboardé et réalisé par Tatsuya Yoshihara, qui est également superviseur de l’animation, animateur et responsable de l’eyecatch.
Quand on se renseigne sur le reste du staff sur l’OAD, on se rend compte qu’il est assez restreint, et on peut supposer que le planning y était assez confortable. Sa production s’est d’ailleurs terminée le 5 juillet 2013 pour une sortie physique le 16 août 2013.
- En termes de layout, 9 animateurs sont crédités, et Tatsuya Yoshihara anime à lui seul une centaine de cuts tandis que Takahito Sakazume en anime une cinquantaine. C’est un véritable tour de force qui rappelle d’ailleurs leur performance sur l’épisode final de Monster Musume no Iru Nichijou.
- Quant à la supervision de l’animation, seuls Tatsuya Yoshihara et Takaya Sunagawa sont crédités. Yoshihara s’occupe là encore d’une centaine de cuts, tandis que Sunagawa en prend plus de 150. Kikuko Sadakata, superviseure de l’animation en chef, mentionnera d’ailleurs qu’elle a apporté très peu de corrections, en particulier à Sunagawa.
Encore une fois, des animateurs talentueux tels que Tomosato Hosokawa ou Shunji Akasaka ont fait d’excellentes séquences, mais c’est sans doute celle de Toshiyuki Satō qui, encore une fois, marque réellement les esprits avec un Kanada Dragon complètement absurde.
Mais il est difficile de parler de l’OAD sans mentionner l’ending spécial, entièrement animé par Shingo Fujii. Ce dernier a probablement fait appel à des références 3D, à moins qu’il n’ait expérimenté la magie noire pour parvenir à un tel rendu en volume. Ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler le travail de Norimitsu Suzuki sur certains de ses endings.
Après la production de Muromi-san, le staff bascule sur l’épisode 9 de Yozakura Quartet: Hana no Uta, un épisode réalisé par Tatsuya Yoshihara avec plusieurs membres de l’équipe qui sont apparus sur Muromi-san. La série est d’ailleurs elle aussi produite chez Tatsunoko.
En conclusion, Muromi-san est une série qui aura sans aucun doute permis à Tatsuya Yoshihara de mûrir en tant que réalisateur et qui restera dans les esprits de son staff. Takaya Sunagawa en garde de très bons souvenirs, et Takahito Sakazume s’est d’ailleurs amusé à faire un clin d’œil à Muromi-san dans une impact frame dans l’épisode final de Monster Musume no Iru Nichijou, autre série réalisée par Tatsuya Yoshihara.
Muromi-san est sans doute la série la plus amusante réalisée par Yoshihara, avec une production qui pouvait se vanter d’être la meilleure de l’arsenal de ce dernier avant que n’arrive Chainsaw Man. Cela dit, ça ne rend pas du tout la série caduque : regardez Muromi-san !
Rédaction : Loïc
